J’avais 18 ans quand on s’est marié. J’étais encore pleine d’illusions sur l’amour. Je ne connaissais rien du passé secret de mon mari, ni de son combat pour ne pas laisser ce passé remonter. C’est ainsi que je me suis embarquée dans le mariage avec la conviction que ça allait tout régler ce qui était discordant du point de vue sexuel.
Or, ce n’est pas ce qui est arrivé. Jean continuait constamment de se refuser et moi, je me retrouvais plus souvent qu’autrement à quémander l’affection. Ça ne faisait que renforcir le sentiment de rejet qui m’habitait depuis l’enfance. Mais, au tout début, ça ne m’a pas autant affecté. J’avais fixé mes yeux sur la maternité. Je croyais que c’était ça qui finirait de nourrir ce vide en moi. Après tout, Jean ne cessait de me dire que mon profond désir d’amour était disproportionné dû à mon passé et que c’est pour ça qu’il n’arrivait pas à le combler. Bien que c’était en partie vrai, je crois aujourd’hui qu’il s’en servait pour fuir l’intimité.
Donc, je me suis rabattue sur la maternité. Après 2 fausses couches, notre fille aînée est venue au monde. Avant qu’elle ne naisse, les choses avaient commencé à s’effriter, mais c’était encore très minime. C’était plutôt des aveux de masturbation de plus en plus fréquents, mais rien de plus. J’ignorais alors tout des fantasmes, même si je sais aujourd’hui qu’il devait déjà vivre dans un univers fantasmagorique. Je ne crois pas non plus que ça impliquait de la porno, du moins pas encore. Donc, bien que ça me blessait, j’essayais de me raisonner en me disant que les hommes sont ainsi faits. Mais je ne comprenais toujours pas pourquoi il préférait la masturbation aux vraies relations avec moi.
De plus, ça créait une dynamique bien étrange. Étant alors catholique pratiquant, Jean se positionnait souvent comme une victime de la trop forte tentation du diable, refusant alors d’admettre sa part de responsabilité. Alors, plus le temps passait, plus il allait de plus en plus fréquemment se confesser. Comme on se sentait fortement attaqués, on multipliait les temps de prières, de pénitences, de mortification, les lampions allumés, les dévotions à tel ou tel saint, etc. tous des rites auxquels on croyait à l’époque. Mais au fond, ça ne servait à rien, car aucun rituel ne peut forcer à changer un coeur qui ne le désire pas. Or, il était là le problème… Jean ne désirait pas encore réellement changer.
C’est dans ce contexte de vie de couple un peu étrange que notre aînée est née. Mais pour quelques semaines, nous étions des parents très heureux. Nous apprivoisions tranquillement notre nouvelle vie. Quelques semaines après la naissance de notre fille, Jean a commencé à travailler dans un bureau. C’était, à première vue, une autre très belle amélioration de notre vie. Seulement, elle cachait une bombe : il avait son ordinateur personnel muni d’Internet. Jamais auparavant il n’avait eu un accès aussi facile à Internet.
Quelques mois après la naissance de notre fille, Jean s’est mis à multiplier les heures supplémentaires et à ne rentrer du bureau que très tard le soir. Je trouvais ça difficile d’être toute seule avec ma fille le jour et le soir. Mais il me disait qu’avec toutes ces heures, il accumulait des vacances et l’idée me plaisait. J’étais consciente également qu’il fallait bien quelques sacrifices pour monter les échelons dans son travail. Après 3 mois de ce régime, lorsque je lui ai demandé de prendre ses vacances accumulées, il n’a pas eu le choix de m’avouer la vérité. Il n’y avait jamais eu de banques d’heures emmagasinées. En fait, tous ces soirs, il les passait sur des sites pornos.
C’était la première fois que j’avais connaissance qu’il m’avait menti. C’était la première fois que les choses semblaient aussi graves. J’étais vraiment très secouée par cette nouvelle… tous ces sacrifices pour rien, pour son propre plaisir égoïste. Évidemment, ça m’a fait tout un choc et j’avais beaucoup de peine. Sauf que ça le mettait en colère que j’aie de la peine. C’est moi qui aurait dû être en colère, c’est moi qui se sentait trahie. Mais à moi, il me rappelait comment il était victime des attaques du diable, comment je devais comprendre et pardonner. Même que par la suite, il se servira de ma trop grande peine pour excuser d’autres mensonges.
En effet, les épisodes de porno au bureau ne faisaient que commencer. Je me souviens d’une fois, où je me suis réveillée en plein coeur de la nuit et que je ne le trouvais nulle part. Ayant un pressentiment, je me suis dirigée directement au bureau et je l’ai pris sur le fait. Il s’était relevé, au milieu de la nuit, avait fait 20 minutes de bicyclette et tout ça pour de la porno. J’étais abasourdie. Ça devenait vraiment trop gros. Le pire, c’est que même si je l’avais pris sur le fait, il essayait de me mentir, de prétexter autre chose.
Plus ça allait, plus je devenais réactive, colérique et plus je lui faisais des crises monstres. Je m’illusionnais sur le fait que j’arriverais à le raisonner, à lui faire sentir à quel point il me blessait et que ça le ferait changer. J’ignorais bien tout de la dépendance. Ça avait évidemment l’effet contraire. Plus je réagissais, plus il s’éloignait et fuyait davantage.
Ce qui m’était aussi particulièrement insupportable à l’époque, c’est que tout ça était une facette cachée de lui-même que seul moi savait. Pour les autres, il affichait l’image d’un bon chrétien, toujours gentil, toujours avenant, presque parfait. Et moi, je devenais l’ombre de moi-même. Je vivais dans une telle honte et une telle solitude. De plus, ignorant tout de la dépendance, j’étais tellement convaincue que j’avais une part de responsabilité, que j’étais moche, pas assez désirable, etc. Le pire, c’est qu’il ne le niait pas, du moins pas toujours. Même que parfois ça faisait son affaire de se déresponsabiliser ainsi.
Durant cette période, il est arrivé à me convaincre, je ne me souviens plus comment, qu’il valait mieux s’acheter un ordinateur et se connecter nous-mêmes à l’Internet. Je ne me souviens plus comment j’ai accepté ça, mais je sais qu’il était devenu un habile manipulateur avec moi et j’ai sûrement cru que c’était mieux ainsi. En tout cas, ça enlevait la honte qu’il soit découvert au bureau, même si en fait, il n’a pas cessé pour autant de surfer sur ses heures de travail.
Puis de fil en aiguille, il en est venu à me faire croire que c’était moi qui n’était pas assez ouverte sexuellement, que tout ça était tout à fait normal. Ça dérangeait ma conscience, mais j’étais prête à essayer n’importe quoi pour que cesse cette vie de couple misérable qu’était la nôtre. J’ai donc, momentannément accepté de visionner de la porno avec lui, espérant que ça nous rapprocherait. C’était loin d’être le cas. Nos contacts étaient de plus en plus dépourvus d’émotions. Je me sentais comme un bien de consommation. J’ai vite cessé.
Nous vivions alors dans deux univers différents. Je me sentais terriblement seule avec ma peine que je ne pouvais exprimer à personne. Et les choses n’ont pas cessé de s’envenimer. Il s’est mis à boire par moment. Et ça c’était épeurant, car sous l’effet de l’alcool, il devenait entreprenant et déplacé. Il a même déjà fait des avances à ma meilleure amie de l’époque, qui était également la copine de son meilleur ami. Ça a été parmi mes premiers épisodes d’humiliation.
Environ 11 mois après la naissance de notre aînée, je devenais enceinte de ma deuxième fille. En catholiques convaincus, à l’époque, nous refusions toute contraception. Donc, même si ce n’était pas un moment propice pour avoir un autre enfant, notre petite deuxième était en route.
Alors que j’étais à environ 6 mois de grossesse, je tombe sur un courriel que Jean avait échangé avec une autre fille qu’il avait rencontré sur le tchat. C’était torride et déplacé. Ça m’a fait comme un coup de poignard en plein coeur. Ça s’approchait drôlement de l’infidélité. Je lui en ai parlé. Il m’a avoué que ça n’avait été que quelques échanges et que ce n’était pas son intention au début. Il m’a néanmoins demandé (avec l’effet manipulation, on peut dire exigé) de rester ami avec la fille. Ils se sont donc mis à s’écrire des courriels platoniques qu’il me faisait lire (c’était ma condition). J’ignorais alors que ce n’était qu’une façade et qu’il s’était ouvert une autre boîte de courriel dans laquelle il continuait ses discussions érotiques avec la fille.
Or, lui faisant naïvement confiance, je suis même allée avec lui et notre fille voir une exposition de peinture de la fille en question. Ça me demandait déjà beaucoup, même si j’ignorais tous ses mensonges. Mais quand plus tard, j’ai découvert le tout, je me suis tellement sentie humiliée. Je trouvais qu’il était cruel envers moi.
Alors que j’étais à 8 mois de grossesse, il m’a convaincu (voir exigé avec manipulation) de rendre visite à cette fille, pendant que je m’absentais ce jour-là. Je lui avais fait promettre d’être de retour pour le dîner et que j’allais même l’appeler pour vérifier. Il est donc allé la voir avec notre fille qui avait alors un an et demi.
Ce soir-là, quand je suis revenue à la maison, j’avais en face de moi un homme démoli, alors que je l’avais quitté de bonne humeur ce matin-là. À force d’essayer de le faire parler, il a fini par m’avouer qu’il avait embrassé la fille. Il m’a raconté tous les courriels qui avaient continués. Et il m’a dit qu’il croyait l’aimer, qu’il m’aimait, mais qu’il l’aimait aussi. Il n’était pas repentant du tout, honteux et confus certes, mais pas repentant. Il a exigé que j’accepte leur amitié, prétextant que c’était moi qui essayait de tout contrôler et qu’il avait le droit à sa liberté. Puis bêtement, il s’est endormi, me laissant seule avec mes émotions.
Ça a été un des pires moments de ma vie. J’étouffais, j’aurais voulu partir très loin, mais j’étais enceinte jusqu’au cou. Je me sentais misérable, indigne d’être aimée. Qu’il soit attiré sexuellement par d’autres femmes, je pouvais l’encaisser, mais qu’il prétende les aimer, c’était plus que ce que je ne pouvais supporter. Ce soir-là, j’ai perdu toutes mes illusions par rapport à l’amour. Je crois que si je n’avais pas été enceinte presqu’à terme avec une petite fille aux couches, je crois que je l’aurais quitté. Pourtant, je m’étais mariée avec la conviction que le mot divorce ne faisait pas partie de mon vocabulaire. Mais il ne ressemblait plus en rien à l’homme que j’avais marié.
De plus, j’ignorais encore tout de la dépendance. Alors je pensais que volontairement, il me faisait du mal, qu’il me méprisait. Pourtant moi, je l’aimais tellement, je n’arrivais plus à comprendre comment j’avais aboutit dans ce cauchemar. Malheureusement, le cauchemar ne faisait que commencer.
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