Après avoir été à fond dans ma colère et en avoir récolté tout un chargement de honte, j’ai connu un de mes premiers bas-fond. Pour la première fois, je me suis sentie sans ressources, incapable de m’en sortir par moi-même. N’est-ce pas la première étape des mouvements Anonymes, admettre qu’on est impuissant devant le problème?
L’effet marqué de la honte m’a plus facilement amené vers la repentance. J’avais soif d’une vie meilleure, j’avais un besoin énorme de chasser ce dégoût de moi-même. Alors, on s’est mis à fréquenter l’église de façon plus régulière.
Il faut dire que malgré nos vies désordonnées, nous avions pourtant continué de fréquenter l’église, que ce soit catholique ou protestante, mais c’était plutôt au gré de nos désirs, de façon très irrégulière. Je ne me souviens plus exactement à quel moment la transition s’est faite, mais dans l’année qui a précédée notre retour à l’église, nous avions commencé à délaisser la foi catholique et avions embrassé davantage la foi protestante. Mais ça se passait davantage au niveau intellectuel parce que notre vie ne témoignait absolument pas de ce que nous croyions.
Donc, à l’été 2001, lorsque nous avons recommencé à fréquenter l’église de façon régulière, c’était chez les protestants. Nous fréquentions une dynamique église évangélique qui était très nourrissante spirituellement. En août 2001, nous nous y sommes fait baptisés.
J’avais beaucoup d’espoir que Dieu soit la solution miracle à mon problème et qu’enfin nous puissions couler des jours heureux. J’avais bien assimilé le verset qui dit : “Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.” (Matthieu 11, 28)
Mais cependant, j’étais loin d’être prête à le laisser me transformer. C’est mon mari que je voulais qu’il transforme, pas moi. Aujourd’hui, je me rends compte que mon attitude rebelle a peut-être ralentit son rétablissement. En effet, au début, Jean a semblé vraiment y mettre tout son coeur, désirant réellement être délivré. Il s’est confié au pasteur, a demandé qu’on prie sur lui à plusieurs reprises et on croissait au niveau de notre foi. Son désir de délivrance devait être sincère mais il se peut que, tout comme moi, il espérait quelque chose de miraculeux dans lequel il n’aurait pas besoin de s’investir. Je crois qu’on prenait Dieu pour un magicien avec une baguette magique.
Mais j’étais encore très charnelle. Je vivais au gré de mes émotions. Si mes émotions se trouvaient inconfortables à l’idée de s’astreindre à aller à l’étude biblique, nous finissions par cesser d’y aller. J’avais beaucoup d’orgueil spirituel, je croyais que ce n’était pas tellement pour moi. Si mes émotions avaient envie d’user de manipulation envers mon mari, de lui faire une crise de larmes, ou de le critiquer constamment, eh bien, je le faisais.
Pourtant la bible nous dit dans 1 Corinthiens 5, 7: “Nous marchons par la foi et non par la vue.” En d’autres mots, le croyant marche en obéissant à la Parole de Dieu et non pas à ses sens. Or, je n’avais pas assimilé cette leçon. Je voulais bien que Dieu fasse de mon mari une meilleure personne, mais j’étais loin de vouloir suivre le même chemin. Mes défauts à moi, je trouvais qu’ils n’avaient vraiment rien de bien graves comparé à SON problème.
Même que je rejetais souvent mes fautes sur sa dépendance. S’il n’essayait pas de me tromper, je ne serais pas aussi déprimée et je serais une meilleure mère… Si sa dépendance ne demandait pas autant de mon énergie mentale, j’aurais plus d’énergie à consacrer à l’entretien de ma maison… S’il n’était pas aussi froid et insensible avec moi, je ne pleurerais pas autant pendant des heures… S’il était responsable, je n’aurais pas besoin de le critiquer constamment… Bref, je me déresponsabilisais complètement. J’étais convaincue que ma vie serait meilleure s’il changeait et que je n’avais rien à voir là-dedans.
Pourtant la Bible nous dit : “Car quiconque observe toute la loi, mais pèche contre un seul commandement, devient coupable de tous.” (Jacques 2, 10)
Or, je refusais de voir ma culpabilité en quoi que ce soit. Je me déresponsabilisais complètement. Je ne comprenais pas que peu importe les péchés que mon mari commettait, je n’avais aucune raison valable devant Dieu de pécher à mon tour.
Mais envisager que je puisse être responsable de quelque chose me semblait complètement injuste. J’avais tellement de souffrances en moi, tellement d’humiliations. Je ne voyais pas pourquoi je devais changer si lui ne changeait pas. En toute rébellion, je refusais d’écouter la sagesse de Dieu qui m’aurait pourtant évité un autre grand détour.
C’est ainsi que j’ai commencé à avoir de l’incompréhension envers Dieu. Nous le suppliions de délivrer Jean et ça n’arrivait pas. J’ai alors commencé à me confier, moi aussi, au pasteur. Pauvre pasteur! Je crois qu’il était bien mal à l’aise face à notre cas. Il m’écoutait, tentait de me conseiller du mieux qu’il le pouvait. Mais je ne voulais pas de conseils, je voulais un miracle.
Puis un jour, j’ai atterrit dans le bureau du pasteur, complètement en panique. Mon mari venait de baisser les bras face à Dieu. Il venait de me dire qu’il ne croyait plus en Dieu et qu’il n’irait plus à l’église. Et puisque même le pasteur n’a rien pu y changer, je n’ai plus vu, moi non plus, l’intérêt d’aller à l’église. D’abord, j’avais bien trop honte d’y aller sans lui, de devoir expliquer son absence. J’étais pleine d’orgueil et je n’avais pas conscience que la communauté chrétienne autour de moi était pleine de gens susceptibles de m’épauler dans cette épreuve. Ensuite, comment pouvais-je espérer que Dieu change mon mari s’il ne venait même plus à l’église? J’ai donc cessé d’aller à l’église.
Encore une fois, rebelle que j’étais, je n’avais rien compris. J’échouais lamentablement tous les tests de foi que Dieu m’envoyait. Je me servais de Dieu comme d’une bouée de sauvetage, au lieu d’entrer en relation avec lui et d’apprendre à trouver ma paix en lui.
Nous avons donc délaissés Dieu complètement. C’est ainsi qu’à commencé une autre période très sombre de notre vie de couple.
1