Nous aimerions tous entreprendre l’ultime sevrage, celui où nous serions instantanément et complètement guéris de toute dépendance. Hélas, ce que nous apprenons tôt ou tard, c’est que la sobriété n’a rien d’un sprint. Il s’agit plutôt d’un marathon. La course est longue, nous expérimentons parfois des ralentissements et il arrive même que nous chutions ou que nous nous égarions. L’important, pour franchir la ligne d’arrivée, est d’accepter ce processus, de garder un coeur courageux et de toujours se relever.
Aucun coureur de marathon ne peut espérer remporter un prix s’il est intransigeant envers lui-même. S’il trébuche sous l’effet de la fatigue et qu’il reste par terre à s’auto-déprécier et à rager contre sa situation, il ne fait que perdre du temps et perdre le momentum de la course.
La seule option possible pour le coureur, c’est de se relever. Malgré la tentation de se décourager, malgré l’humiliation de tomber devant des dizaines de spectateurs, il faut puiser en Dieu la force nécessaire pour poursuivre la course. Car nous ne courons pas pour le plaisir mais pour remporter un prix d’une valeur éternelle:
« Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix, ou que j’aie déjà atteint la perfection ; mais je cours, pour tâcher de le saisir, puisque moi aussi j’ai été saisi par Jésus Christ. Frères, je ne pense pas l’avoir saisi ; mais je fais une chose : oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus Christ. (Philipiens 3.12-14) »
Cette parole adressée aux philipiens parle de résilience, de lâcher-prise et de détermination à remporter la victoire. Elle nous encourage à mettre de côté nos appitoiements théâtraux et notre complaisance tissée d’orgueil et à tout simplement courir avec suffisament d’humilité pour accepter notre imperfection et pour mettre une croix sur notre passé… même si ce passé ne remonte qu’à une rechute d’il y a quelques minutes.
Lors de ma dernière rechute, le 4 mars 2009, j’avais plus de 4 mois de sobriété derrière moi. Ce fut donc une défaite majeure. J’aurais pu m’en vouloir pendant des jours pour une telle bévue, alors que toute allait si bien à ce moment. J’aurais pu céder aux chuchotements de l’ennemi, qui me disait: “Tu vois bien que tout cela n’avait rien d’un vrai sevrage. Tu est et tu sera toujours sexolique. Tu ne t’en sortiras jamais…” Mais voilà; j’avais une nouvelle perception des choses. Je savais que j’étais pécheur et que je pouvais faire des faux-pas. Il n’y avait donc rien d’extraordinaire à cette rechute. Il n’y avait donc pas matière à me triturer l’esprit avec des pensées sombres. Certes, je fus déçu. Certes, je regrettai amèrement mon choix d’avoir cédé à mes pulsions. Certes, j’ai dû me repentir et confesser ma faute à mon épouse ainsi qu’aux lecteurs de ce blog. Mais par la suite, je me suis relevé. Et j’ai poursuivi la course. Car c’était la seule option possible.
Avant d’être tentés d’admirer ma détermination, sachez que cela n’est que le produit de la grâce et d’un apprentissage long et douloureux. Ne croyez pas que j’ai toujours eu cette attitude face à mes rechutes. À preuve, vous pouvez lire un message que j’ai posté le 6 décembre 2005 sur le forum d’Orroz, sous le pseudonyme de Spirit. À cette époque, je marchais sans Dieu et je trimballais avec moi un orgueil digne de mention. Si bien que lorsque je rechutais, j’étais complètement dévasté et n’arrivait pas à accepter mon imperfection.
Vous pouvez lire le message que j’avais écris en cliquant ici. (Lien vers le forum archivé d’Orroz)
Si vous prenez le temps de lire le message, vous constaterez que je me considérais à l’époque comme “le porte-étendard de la puissance de la volonté”, ce qui révèle de façon flagrante par quelle faille la dépendance pouvait accéder à mon esprit en toute liberté. Parce que je m’appuyais sur mes propres forces et que j’étais mon propre dieu, chaque rechute jetait par terre l’image fausse et orgueilleuse que je me faisais de moi-même. Ma déchéance contredisait mes prétentions et me laissait seul, vide et désilusionné.
Une des raisons pour lesquelles Jésus nous invite à venir à lui, c’est que nous trouvons en lui le repos. Son joug est doux, et son fardeau est léger. Car ce n’est plus nous qui portons le poids de nos rechutes et de nos divers péchés. C’est LUI. Certes, nous devons prendre notre croix, celle de l’obéissance à Christ. Mais cette croix est d’une douceur sublime. Elle est un bienfait merveilleux, comparé au lourd fardeau de culpabilité auquel nous sommes assujettis lorsque nous sommes notre propre dieu.
En reconnaissant que nous sommes pécheurs et en nous repentant, en laissant Dieu entrer dans notre vie et nous transformer progressivement à son image, nous n’avons plus à prouver quoi que ce soit. Nous savons que nous sommes imparfaits et que nous le serons toujours pendant notre pèlerinage sur terre. Cela ne justifie pas nos péchés et ne nous donne pas un passeport pour la débauche. Nous devons toujours viser la perfection, qui est l’ultime but à atteindre. Mais nous devons courir vers ce noble but avec suffisamment d’humilité et de lucidité pour comprendre que le péché demeure une réalité quotidienne pour nous.
Ne faites par l’erreur de chercher ce que les anglais appellent un quick fix, une sorte de solution instantanée qui nous dispense de tout effort et qui promet des résultats parfaits et immédiats. Ne vous lancez pas dans un sprint sur un chemin prévu pour le marathon. Autrement, vous vous retrouverez épuisé et découragé avant même d’avoir franchi le premier kilomètre. Acceptez votre faiblesse mais luttez de toutes vos forces pour triompher d’elle. Et surtout, rappelez-vous que tout progrès ne peut se faire sans l’aide de votre Dieu. Que ce soit LUI qui soit votre rocher, votre secours et votre Salut!
Que Dieu vous garde.